Je rencontre de plus en plus de propriétaires de terrasse ou jardin Parisiens qui s’inquiètent de la survie de leur petit écrin de verdure en période estivale. À l’heure où s’imposent des étés caniculaires assortis de restrictions d’eau, un nouvel équilibre doit être trouvé dans les jardins.
Le choix d’une palette végétale adaptée aux conditions du milieu (exposition , nature du sol, zone climatique… ) est donc l’une des voies à suivre pour garantir la pérennité des plantations. Aménager les jardins à Paris et plus largement au nord de la Loire avec des espèces méditerranéennes apparaît comme la solution. Mais en est-ce réellement une ?

Jardin méditerranéen suspendu sur une toiture terrasse de Paris. Crédit photo : Mickaël Raillard – Atelier MR paysagiste
Quelles sont ces super plantes résistantes à la sécheresse ?
Malgré le milieu de prédilection des plantes méditerranéennes qui peut sembler hostile, ces plantes résistantes offrent un réel attrait esthétique. Leur croissance est relativement lente, leurs feuilles sont généralement assez petites et persistantes. C’est la stratégie d’adaptation qu’elles ont mise en œuvre pour faire face au stress hydrique : ne pas dépenser trop d’énergie, stocker l’eau et créer de l’ombre pour garder de la fraîcheur à leur pied.
Ce sont également des plantes au système racinaire hors norme, s’enfonçant profondément dans le sol pour y puiser de l’eau, de l’oxygène et des minéraux, en symbiose avec les bactéries et les champignons mycorhiziens naturellement présents dans le milieu. Il s’agit par exemple des Thyms , Romarins , Lavandes , Cistes , Myrtes , Euphorbes (que j’affectionne tant), Sauges, Phlomis, Armoises et tant d’autres, sans oublier les graminées et les célèbres Oliviers et Cyprès de Provence. Ce sont des plantes qui prospèrent dans les conditions particulières et difficiles du pourtour méditerranéen : sol pauvre, rocailleux, drainant, dans des lieux secs, soumis au plein soleil et à la chaleur.

Quels sont les points forts de cette palette végétale ?
Des expériences menées par des paysagistes et pépiniéristes ont démontré que nombre d’entre elles résistaient bien au froid ( -8 à -10 ° C en moyenne , jusqu’à -25 ° C pour certaines), à condition que le sol soit bien drainé. Elles ne sont donc pas réservées au seul sud de la France, mais également bien adaptées à l’ensemble du littoral de la côte ouest et peuvent supporter les hivers froids de Paris en prenant cependant quelques précautions. Le sol doit absolument être très bien drainé afin de limiter les stagnations d’eau au niveau des racines durant les périodes de pluie. Dans ces conditions beaucoup de végétaux méditerranéens arriveront à s’adapter au climat océanique dégradé du bassin Parisien, au vu du changement climatique.
Beaucoup de ces plantes ont un feuillage aromatique : l’été, elles diffusent dans l’air leurs huiles essentielles formant un « écran » contre les rayons du soleil. Mais surtout, certaines ont des propriétés allélopathiques : elles produisent des substances qui inhibent la germination des autres espèces, ce qui limite l’entretien car les spontanées ont beaucoup plus de mal à s’implanter. Ces composés allélopathiques se comportent comme des herbicides naturels, ils créent de véritables interactions biochimiques entre les plantes. Ces dernières se passent d’arrosage en été, grâce à une stratégie reposant notamment sur leur feuillage : celui-ci peut être coriace, couvert d’une cuticule épaisse, cireux, tomenteux, de couleur gris – vert, gris – bleu ou argenté. Ces adaptations morphologiques contribuent à réfléchir le rayonnement solaire, à créer une « couche isolante », à emprisonner l’humidité ou encore à limiter l’évapotranspiration… le tout pour mieux résister aux périodes de sécheresse. Elles permettent donc de composer des jardins durables, supports d’un jardinage économes en entretien et en eau, sans intrant chimique ( condition indispensable à la préservation des bactéries et des champignons mycorhiziens naturellement présents dans le sol, garants du bon fonctionnement du système racinaire ). Leurs spécificités les rendent par ailleurs particulièrement adaptées aux jardins sur dalle, aux toitures végétalisées, ou encore aux sols des espaces artificialisés dont la végétalisation peut s’avérer complexe. Bien que, pour supporter la chaleur et la sécheresse, certaines plantes méditerranéennes entrent en dormance estivale, préférant fleurir lorsqu’il fait plus frais, quelques-unes d’entre elles offrent tout de même des floraisons en été. Il s’agit donc de faire évoluer la perception du jardin en période estivale, et d’apprendre à en apprécier aussi les jeux de formes, de feuillages et de lumière.

Sont-elles adaptées à tous les jardins ?
Si certaines résistent bien au froid, nombreuses sont les plantes méditerranéennes qui restent sensibles aux effets du climat continental, dans le nord et l’est de la France, ou en zone montagneuse. Elles ne sont pas adaptées à tous les types de sols : elles redoutent particulièrement l’excès d’eau. En région parisienne, les sols souvent lourds et argileux, retiennent l’eau lorsqu’il pleut, les privant d’oxygène et les asphyxiant. Ces caractéristiques de sol imposent l’aménagement des espaces de plantation pour les rendre très drainants. L’apport de sable, gravier, pouzzolane et autre matériaux drainants est donc indispensable. Lorsque ce n’est pas envisageable, pour des raisons tant techniques qu’économiques, il est préférable d’éviter de choisir ce type de plantes.
Un autre inconvénient notable réside dans la stratégie consistant à limiter leur évapotranspiration comme vu précédemment. Or l’évapotranspiration des végétaux est justement le point clé des îlots de fraîcheur, ces aménagements devenus indispensables pour rafraîchir l’air en milieu urbain et rendre plus supportables les périodes de canicule. C’est pourquoi les plantes méditerranéennes peuvent difficilement répondre à cet enjeu.
En conclusion, bien que la palette végétale méditerranéenne puisse constituer une solution intéressante pour concevoir des jardins durables à Paris, elle ne répond pas à toutes les problématiques. Il est nécessaire de poursuivre les recherches et les expérimentations afin d’identifier les meilleures pratiques pour intégrer ces plantes dans les espaces urbains. Plutôt que de modifier radicalement la nature du sol pour accueillir des espèces méditerranéennes, il peut être préférable de rechercher des alternatives adaptées à chaque environnement spécifique. Une grande partie de mon travail en tant que paysagiste à Paris consiste aussi à observer, expérimenter et prendre acte de ce qui a fonctionné pour l’adapter pour les années à venir.
