Je conçois des jardins avec une conviction simple : la nature en ville n’est pas un “bonus” décoratif. C’est une infrastructure à part entière, aussi essentielle que le bâti, l’eau, l’énergie ou la mobilité. Végétaliser, c’est rafraîchir, désimperméabiliser, accueillir la biodiversité, améliorer la santé des habitants… tout en créant des lieux esthétiques, désirables, où l’on a envie de marcher, de s’arrêter, de respirer.
Aujourd’hui, les acteurs publics parlent de plus en plus de Solutions fondées sur la Nature (SfN) : l’idée est de s’appuyer sur le fonctionnement des écosystèmes (arbres, sols, eau, continuités écologiques) pour répondre aux défis climatiques et sociaux.
Pourquoi végétaliser la ville ?
1) Rafraîchir et rendre la ville vivable en été
L’arbre et la végétation agissent comme une “clim naturelle” : ombre, évapotranspiration, surfaces moins chaudes que l’asphalte… La végétalisation fait partie des réponses majeures face aux îlots de chaleur urbains.
2) Gérer l’eau de pluie à la source
La végétalisation devient vraiment efficace quand elle va de pair avec la désimperméabilisation : au lieu d’envoyer l’eau dans des réseaux enterrés, on cherche à l’infiltrer “là où elle tombe”, la stocker temporairement, ralentir le ruissellement. C’est un levier clé pour limiter les inondations et soulager les réseaux.
3) Restaurer la biodiversité du quotidien
Un arbre isolé, c’est bien. Mais une mosaïque d’habitats (prairie, haies, strates arbustives, sols vivants, points d’eau, continuités écologiques) permet de réinstaller des chaînes du vivant : pollinisateurs, oiseaux, auxiliaires, microfaune du sol. Les SfN visent justement à protéger, restaurer et gérer durablement des écosystèmes pour répondre à ces enjeux.
4) Améliorer la santé, le bien-être et la qualité de vie
La nature influence nos usages : on marche plus, on s’assoit, on se rencontre, on se sent mieux. L’ADEME rappelle que la végétalisation contribue aussi à la santé et au bien-être des habitants, en plus de la résilience climatique.
Ce qu’apporte la végétation en ville
1) Climat : ombre et fraîcheur pour plus de confort
Un bon projet paysager n’est pas seulement “vert” : il fabrique du microclimat. On cherche des zones ombragées aux bons endroits (cheminements, bancs, abords d’écoles, places minérales), avec des essences adaptées et une gestion de l’eau cohérente. Les documents de référence sur l’adaptation et les SfN mettent clairement en avant ce rôle de la végétalisation urbaine contre les îlots de chaleur.
2) Eau : infiltration, stockage, régulation
Les guides techniques insistent : eau et végétal fonctionnent ensemble. Désimperméabiliser, créer des noues, des jardins de pluie, des sols reconstitués… permet d’absorber, filtrer et ralentir l’eau, tout en nourrissant le végétal.
3) Biodiversité : plus de strates, plus de vie
La biodiversité urbaine revient quand on crée des milieux variés et continus : prairies fleuries, strates arbustives, haies diversifiées, sols non stérilisés, gestion différenciée (fauche tardive, zones refuges). L’enjeu n’est pas de “mettre des plantes” mais de réinstaller des fonctionnements naturels.
4) Esthétique et bien-être : la ville sensible
C’est un point souvent sous-estimé : la végétalisation, quand elle est bien conçue, transforme l’ambiance sonore, les odeurs, les textures, la lumière. Elle crée des saisons, des floraisons, des couleurs d’automne, des ombres mouvantes. Une ville plus végétalisée doit être plus belle.
Les techniques de végétalisation urbaine
1) Désimperméabiliser : le socle de tout projet durable
Avant de planter, on regarde le sol : est-il vivant ? compacté ? pollué ? asphyxié ?
Plante & Cité a produit un guide opérationnel sur la désimperméabilisation des sols urbains, qui met en avant des objectifs comme la gestion des eaux pluviales et l’amélioration du climat urbain. ressources.plante-et-cite.fr+1
Exemples d’actions efficaces :
- remplacer des enrobés par des surfaces perméables (stabilisés, pavés drainants, matériaux poreux),
- ouvrir des pieds d’arbres (quand c’est possible et bien conçu),
- créer des zones d’infiltration (noues, jardins de pluie, fosses de plantation connectées).
2) Planter des arbres… mais surtout, leur donner de bonnes conditions de vie
Un arbre en ville échoue rarement “à cause de l’espèce” : il échoue parce qu’il manque de volume de sol, d’eau, d’air, et parce que le sol est compacté.
Pour le choix des essences, des outils existent : le Cerema (avec Plante & Cité et l’ADEME) a développé SESAME, un outil d’aide à la sélection d’arbres et d’arbustes selon les services rendus et le contexte. Cerema
Bonnes pratiques de paysagiste :
- viser des fosses de plantation généreuses (et reliées quand possible),
- prévoir l’arrosage d’établissement (les 2–3 premières années sont décisives),
- privilégier la diversité (résilience face aux maladies, stress hydrique),
- intégrer des strates différentes (arbustes + vivaces + couvre-sols)
3) Gérer l’eau “à ciel ouvert” : noues, jardins de pluie, dépression plantées
Les solutions les plus robustes sont souvent les plus simples : faire circuler l’eau en surface, la ralentir, la filtrer par le sol et les plantes.
4) Végétaliser les bâtiments : toitures, terrasses, façades…
Les toitures végétalisées peuvent :
- retenir une partie des pluies,
- améliorer le confort d’été,
- offrir des habitats.
Mais elles demandent une conception technique sérieuse (structure, étanchéité, entretien, accès). Je vous invite à lire mon article pour bien préparer son projet d’aménagement d’une toiture-terrasse.
5) Gérer de manière écologique
Végétaliser, ce n’est pas “poser un décor”, puis nettoyer, tondre court. La gestion écologique assume :
- des fauches plus tardives,
- des zones refuges,
- des sols couverts,
- des tailles raisonnées,
- une place donnée aux cycles naturels.
Et c’est là que l’esthétique change : moins “propre” au sens stérile mais plus paysagé, plus vivant.
Pour en savoir plus sur l’entretien écologique vous pouvez lire mon article Qu’est ce qu’un entretien de jardin écologique ?
Associer le naturel et l’esthétique
On entend parfois : “écologique, donc sauvage, donc pas très beau.”
En réalité, un projet réussi est lisible et désirable :
- des cheminements clairs,
- des zones de prairie cadrées (bordures, lisières, chemin de tonte),
- des floraisons étalées sur l’année,
- des bancs à l’ombre,
- des perspectives,
- des matériaux sobres et durables.
La nature en ville peut être élégante, sensorielle, et profondément apaisante — tout en rendant des services écologiques mesurables.
